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Exposition
Bertrand Stofleth

Ce qui nous traverse
Commissariat Pauline Boucharlat

Du 17.10.26 au 14.03.27
Abbaye – espace d’art contemporain – Annecy

Depuis son invention, la photographie entretient une relation privilégiée avec le paysage. Deux siècles après les premières images de Nicéphore Niépce, celui-ci demeure un territoire d’expérimentation où se lisent les transformations de nos modes de vie, les traces de l’histoire et les manières dont nous habitons les lieux.

L’exposition réunit plusieurs projets de Bertrand Stofleth réalisés au fil des années dont certains inédits, des Alpes à la Méditerranée, du Grand Est à la façade atlantique. L’artiste y arpente des territoires en mutation pour observer ce qui les façonne et ce qui les traverse. Pour l’artiste, marcher, parcourir, revenir et photographier constituent autant de manières d’enquêter sur les lieux. Ses images, nourries par les rencontres, les recherches et l’observation, se situent à la croisée du document et de l’essai photographique.

Réalisée entre 2007 et 2014, Rhodanie suit le Rhône sur plus de 850 kilomètres, de sa source dans les Alpes suisses jusqu’à ses embouchures en Méditerranée. Stofleth y observe les multiples façons dont le fleuve est aménagé, exploité, fréquenté et habité. Ports de plaisance, digues, zones industrielles, espaces de loisirs, infrastructures hydrauliques, friches ou paysages agricoles composent un territoire où la distinction entre nature et artifice devient incertaine. Les photographies de Rhodanie sont souvent construites comme des scènes. Des personnages y apparaissent, pris dans leurs activités quotidiennes, parfois presque incongrues au regard de l’immensité du paysage. L’humour discret de certaines situations n’annule jamais la dimension documentaire du projet ; il en constitue au contraire l’un des ressorts. Le paysage se révèle par ses usages autant que par ses formes. Le titre même de la série suggère une géographie inventée : une « Rhodanie » qui ne correspond à aucune entité administrative, mais qui se construit par la continuité du parcours photographique. Le fleuve devient ainsi un principe de montage et de liaison. Il permet de faire tenir ensemble des espaces très différents et de penser le territoire non comme une surface homogène, mais comme un ensemble de relations.

Réalisé entre 2019 et 2020 dans le cadre d’une résidence de création à la Maison forte de Hautetour, à Saint-Gervais Mont-Blanc, l’essai photographique Recoller la montagne envisage le paysage comme le lieu d’une inquiétude. Autour du massif du Mont-Blanc, l’artiste s’intéresse à une montagne que l’imaginaire collectif continue souvent d’associer à la permanence et à la stabilité, alors même que les effets du changement climatique rendent visibles son instabilité et sa fragilité. Le projet prend notamment appui sur les risques de crues, d’avalanches, de coulées torrentielles et sur les phénomènes liés à la fonte du permafrost. Mais plutôt que de produire une imagerie spectaculaire de la catastrophe, Stofleth cherche les signes qui permettent de comprendre un territoire en train de changer.

Enfin, dans l’exposition, Bertrand Stofleth esquisse une première mise en relation d’images issues des séries Atlantides, Hyperlendemains, Méditerranée et Littoral. Ce rapprochement répond au souhait de l’artiste de faire dialoguer ces différents corpus au sein d’un projet de recherche plus vaste, qu’il envisage de développer dans les années à venir. L’exposition en constitue ainsi une première tentative, encore balbutiante, mais déjà révélatrice d’une réflexion en cours : d’un territoire à l’autre, les images font apparaître des préoccupations communes, transformation des milieux, persistance des traces, flux, adaptation, manières d’habiter et récits que nous produisons pour donner sens aux mutations en cours. Plusieurs photographies inédites, ainsi que des tirages spécifiquement réalisés pour l’exposition, viennent prolonger cette recherche et témoignent de son actualité. L’artiste ne cherche pas à illustrer un discours préexistant sur la désindustrialisation ou la transition écologique ; il expérimente plutôt, à travers la mise en regard des images, une manière de faire surgir dans la banalité apparente des lieux les signes, parfois contradictoires, d’un monde en recomposition.

Chez Bertrand Stofleth, photographier ne consiste pas seulement à représenter un paysage, mais à construire les conditions de son observation. L’arpentage devient une manière de ralentir le regard, de comparer, de revenir et de faire apparaître ce qui, dans les paysages, change parfois imperceptiblement. 

Pauline Boucharlat, commissaire de l’exposition

Affiche Stofleth
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